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Une transition crédible commence par des trajectoires finançables

  • Photo du rédacteur: Xavier NORINDR
    Xavier NORINDR
  • 22 avr.
  • 4 min de lecture

Dans les industries culturelles et créatives, la transition écologique et sociale est souvent abordée de deux mauvaises manières.


Soit comme une évidence morale : il faudrait s’y mettre, vite, plus fort, plus largement, comme si l’intention suffisait à produire une trajectoire.

Soit comme un sujet périphérique, presque décoratif, qu’on traite à travers quelques signaux de conformité, un peu de communication et une couche de vocabulaire RSE plus ou moins bien plaquée sur le réel.


Pour moi, ces deux lectures sont insuffisantes.


Parce que dans les ICC, une transition crédible ne commence ni par l’affichage, ni par l’injonction.

Elle commence par des trajectoires finançables.


Je pense que c’est le point de départ qu’il faut assumer beaucoup plus clairement.


Le sujet n’est pas de refuser la transition.

Le sujet n’est pas non plus de minimiser son importance.

Le sujet est de savoir comment elle peut être réellement portée par des acteurs qui, dans beaucoup de cas, fonctionnent déjà avec :


  • des marges faibles,

  • des ressources limitées,

  • des équipes réduites,

  • des fonctions support sous-dotées,

  • et une forte tension entre ambition, production et soutenabilité économique.


Autrement dit, le problème n’est pas l’objectif.

Le problème, c’est la condition de possibilité.


Je pense que c’est là que beaucoup de débats sectoriels perdent en justesse.

Ils parlent de transformation comme si tous les acteurs partaient du même point, avec les mêmes moyens, les mêmes leviers d’investissement, la même capacité à absorber une charge supplémentaire, la même liberté d’expérimentation.


Or ce n’est évidemment pas le cas.


Une petite structure culturelle, un producteur indépendant, un lieu fragile, un projet artistique en développement ou une équipe déjà tendue ne vivent pas la transition comme un grand groupe ou une organisation déjà très outillée. Pour eux, la question n’est pas seulement : faut-il transformer les pratiques ?

La vraie question est souvent : comment transformer sans fragiliser davantage l’équilibre déjà précaire du projet ?


C’est pour cela que je pense qu’il faut sortir d’une approche trop abstraite de la transition dans les ICC.


Une transition sérieuse doit partir du réel :


  • de la taille des structures,

  • de leurs modèles économiques,

  • de leurs capacités de financement,

  • de leurs contraintes opérationnelles,

  • et de leur niveau de maturité organisationnelle.


Sinon, elle produit un effet pervers très classique : elle ajoute une couche de pression à des acteurs qui ont déjà du mal à tenir l’ensemble.


Et à ce moment-là, la transition cesse d’être un levier.Elle devient une surcharge :


  • administrative,

  • financière,

  • symbolique,

  • parfois même politique.


Je pense qu’il faut être lucide là-dessus.


Dans les ICC, on ne peut pas demander à des structures déjà fragiles de porter seules des trajectoires de transformation lourdes sans poser en parallèle la question :


  • des moyens,

  • du rythme,

  • de la progressivité,

  • de l’accompagnement,

  • et de la possibilité réelle d’investir.


À mes yeux, une transition finançable est d’abord une transition qui accepte la progressivité.


Cela ne veut pas dire ralentir par confort.

Cela veut dire construire des étapes réalistes.


Tout ne peut pas être transformé en même temps.

Tout ne peut pas être financé immédiatement.

Tout ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des équipes.


Il faut donc arbitrer.

Prioriser.

Séquencer.

Choisir ce qui est structurant maintenant, ce qui peut être préparé, ce qui demande de nouveaux moyens, et ce qui ne doit pas devenir une injonction déconnectée du terrain.


Je pense aussi qu’il faut sortir d’un malentendu fréquent : traiter la transition comme un coût pur.


Bien sûr, elle engage des coûts.

Bien sûr, elle peut demander des investissements, des changements de méthode, des renoncements, des réorganisations. Mais si elle est bien pensée, elle peut aussi devenir autre chose :


  • un levier de soutenabilité,

  • un facteur de robustesse,

  • un critère de différenciation,

  • et parfois même un élément de compétitivité à long terme.


Encore faut-il qu’elle soit travaillée comme telle.


À mes yeux, une bonne trajectoire de transition dans les ICC ne doit pas ressembler à une injonction verticale.

Elle doit ressembler à un enchaînement crédible :


  • de choix possibles,

  • de marges de progression,

  • de priorités lisibles,

  • et de moyens identifiés.


C’est cela, au fond, qu’il faut défendre.


Ni une RSE de façade, qui rassure sans transformer.

Ni une pression symbolique, qui alourdit sans rendre plus soutenable.

Mais des trajectoires capables de transformer sans casser.


Je pense même que c’est là que la discussion devient enfin sérieuse.


Parce qu’une transition écologique et sociale digne de ce nom ne peut pas être pensée contre la viabilité économique des acteurs.

Elle doit être pensée avec elle.


Sinon, on produit une contradiction insoluble :


  • on demande aux structures d’être plus responsables,

  • tout en les laissant absorber seules le coût de cette responsabilité,

  • dans un environnement déjà tendu,

  • avec des marges de plus en plus faibles.


À long terme, cette logique ne tient pas.


Et elle produit souvent deux réactions prévisibles :


  • soit un vernis de conformité ;

  • soit un décrochage silencieux.


Ni l’un ni l’autre ne sont satisfaisants.

J

e pense donc que le vrai débat doit se déplacer.


Le sujet n’est pas seulement de savoir si les ICC doivent prendre la transition au sérieux.

Elles le doivent.


Le sujet est de savoir dans quelles conditions cette transition devient :


  • crédible,

  • progressive,

  • soutenable,

  • et économiquement absorbable.


C’est à cette condition qu’elle pourra devenir un facteur de transformation réelle, plutôt qu’un mot d’ordre de plus plaqué sur un secteur déjà sous tension.


À mes yeux, une transition crédible commence toujours au même endroit :là où l’on accepte de parler à la fois d’ambition, de réalité économique, de rythme, de capacité d’absorption et de financement.


C’est moins spectaculaire qu’un grand discours.

Mais c’est beaucoup plus utile.




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